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Il est
difficile de cerner ce qu’avait pu être l’histoire des archives en Tunisie.
C’est que les sources disponibles sur la question sont rares. Mais, nous sommes
en état de dire que la plupart des régimes politiques qui se sont succédé dans
l’histoire plus que deux fois millénaire de ce pays ont constitué d’importants
fonds d’archives. Seulement, la majorité de ces fonds ne nous est pas parvenue à
cause de la fréquence des guerres et de l’instabilité politique notamment avant
l’avènement de la dynastie husseynite en 1705.
La deuxième
moitié du XIXe siècle s’est distinguée par la réalisation d’un ensemble de
réformes ayant touché l’organisation politique (le pacte fondamental de 1857 et
la constitution de 1861) et l’organisation administrative (fixation des missions
des ministères et de leur organisation en 1860).
C’est dans ce
contexte que fut créé en 1874 un service au Grand ministère pour s’occuper des
archives. Ce service appelé "centre des correspondances de l’Etat" a pour siège
le "Dar El Bey" avec le reste des services du Grand ministère. Ce service s’est
attaché à rassembler les documents publics en les transférant du palais du Bardo
et en les collectant auprès des hauts fonctionnaires et des dignitaires de l’Etat.
Ces documents ont été organisés suivant des méthodes techniques élaborées ayant
même concerné l’organisation de la communication des documents et leur
restitution. Ce service a bénéficié de moyens humains importants sous la
direction du Cheikh Mohamed Taîeb BOUSSIN.
Ainsi, la
Tunisie était un pays précurseur dans ce domaine par rapport aux pays arabes,
elle a été le deuxième pays après l’Egypte à avoir organisé ses archives et ce,
avant l’établissement du protectorat français.
Pendant la
période du protectorat français (1881 - 1956) la situation est devenue complexe
: l’administration tunisienne a été maintenue mais ses attributions furent
réduites aux domaines liés directement à la population tunisienne
(l’administration régionale et locale, la justice, le culte, les habous…) en
plus elle est contrôlée par un haut fonctionnaire français : le Secrétaire
général du gouvernement. D’autre part, des Directions techniques, faisant
fonction de véritables ministères, ont été créées et relevaient directement du
Résident général représentant de la France en Tunisie qui cumule les postes du
ministre de la Guerre et du ministre des Affaires étrangères.
Les documents
générés par les activités de ces deux entités ont été organisés d’une manière
différente. Pour l’administration tunisienne, ou la "Section d’Etat", le système
mis en place s’inspire de celui des "bureaux d’ordre" en usage au ministère des
Affaires étrangères en France (vu que la Tunisie, en tant que protectorat,
relevait de ce ministère). Les documents des différents services ont été groupés
en ensembles obéissant à un système de classification établi au préalable. Des
bureaux pour les archives ont été institués dans les différentes structures de
la Section d’Etat pour rassembler les documents et les dossiers courants. Depuis
1883 le "Centre des correspondances de l’Etat" est devenu : "Les Archives
générales du gouvernement" et se transforme en dépositaire des documents de la
Section d’Etat après la fin de leur utilité administrative. Ce service était
rattaché au Secrétaire général du gouvernement.
Plusieurs hauts
fonctionnaires se sont succédés à la tête de ce service comme Chokri Ghanem,
Mohamed Karoui (de 1887 à 1923), Hassen Hosni Abdelwaheb, Tahar Lajmi, Larbi Ben
Abdallah, Ali Abdelwahab, Mohamed Salah Mzali et Mohamed Laziz Lakhoua. Les
Archives nationales conservent actuellement la majorité des documents rassemblés
par la "Section d’Etat".
En ce qui
concerne les documents générés par les Directions techniques, ils n’ont pas subi
la même méthode d’organisation et n’ont pas été versés aux Archives générales du
gouvernement mais sont restés dans les Directions et sont perdus (il n’en reste
que très peu), tandis que les documents rassemblés par les services du Résident
général français en Tunisie ont été transférés en France (ils relèvent du
ministère français des Affaires étrangères). Depuis 1983, la Tunisie procède au
microfilmage de ces documents.
Avec l’autonomie
interne de la Tunisie en 1955, les services de la Présidence du Conseil ont été
réorganisés (décret en date du 13 octobre 1955) et les Archives générales du
gouvernement ont pris le nom de "Archives générales". En 1967, le Secrétariat d’Etat
à la Présidence a connu une nouvelle structuration et l’administration des
archives est devenue : Division des Archives générales et de la Documentation.
Elle est chargée de la centralisation et de la conservation des archives
générales de l’Etat. Elle procède à l’établissement d’un répertoire général des
archives de l’Etat et à sa mise à la disposition des chercheurs en vue de son
exploitation. Une division est un organisme situé entre une sous-direction et un
service.
Ensuite, avec la
création du Premier ministère et l’organisation de ses services (décret n°70-
118 du 11 avril 1970) l’ancienne dénomination de l’administration des archives
change pour devenir : "Division des Archives générales".
Enfin, en 1971
les services du Premier ministère ont été réorganisés, l’administration des
archives est promue au rang de sous-direction en gardant la même dénomination.
Il n’a pas été
possible au jeune Etat tunisien issu de l’indépendance de poursuivre
l’organisation des archives selon la manière suivie par la "Section d’Etat".
Ainsi la fonction d’archivage commence à disparaître des administrations
publiques et le versement des documents aux Archives générales s’est arrêté. Le
rôle de cette institution s’est confiné à la communication des documents
conservés aux utilisateurs.
Entre temps, les
documents se sont accumulés dans les services publics et les responsables ont
commencé à réfléchir à cette question jusqu’à la parution de la loi n° 88-95 du
02 août 1988 relative aux archives en vertu de laquelle est institué
l'établissement public nommé les Archives nationales.
Les Archives
nationales sont un établissement public à caractère administratif jouissant de
la personnalité civile et de l’autonomie financière et relevant de la tutelle du
Premier ministère.
Depuis le
début de 1999 les services des Archives nationales sont transférés du Premier
ministère au nouveau siège sis au 122, boulevard du 9 Avril 1938 à Tunis |